L'ANCIEN BAC DE ROCHE


Avant la construction du premier pont sur la Loue en 1783 « pour les besoins de la Saline d’Arc », le seul passage qui permettait de rejoindre Salins empruntait le bac de Roche, institué par un droit de bac appartenant au seigneur de Roche :

  « Item le droit d’avoir un portail[1] et d’entretenir riere ladite seigneurie de roche du coste de cramant un navoire[2] pour y passer et repasser tous allans passans et repassans a pied par en y payant le tribut et salaire introduict qu’est par chascune personne y passant une engrougne et ce moyennant mondit sieur est tenu d’entretenir lesdits portails et navoir et un pontain pour passer et repasser lesdits passans[3]. »

Deux chemins qui menaient à ce passage de la rivière, celui en provenance d’Étrepigney, autrefois important village de potiers, passant par les Deffois de Roche et de Château-Rouillaud puis Arc et celui en provenance de Liesle, par le château de Roche, puis Senans. Celui venant d’Étrepigney empruntait alors le chemin du Deffois et celui de la Gran-Vye, puis la route de la Vielle Barque. On trouve dans d’anciens actes d’acensement de terres situées aux Deffois, tant de Roche que de Château-Rouillaud, datant de 1686 et de 1734, mention d’un « grand chemin », ou du « chemin d’Étrepigney .

Chemin de Salins

Annexe : carte grand format.

« …dever bize le chemin d’estrepigney pour une partie et le bois des deffoy devert septentrion et couchant et aboutissant du bout devert ledit couchant un bief et le bois et dever le levant lesdits bourdons et veuve dugourd laquelle piece doit contenir dix sept journaux et cinq sixieme de journal et est entourées du cotte du chemin d’estrepigney… »

« … riere le lieu du deffoy de Chasteau Rouillaud tous contigus l’un a l’autre touchant de bize le grand chemin … »

L’autre accès à ce bac est évoqué dans une pétition des cultivateurs de Senans qui se plaignaient de ne plus avoir accès à leurs terres en octobre 1867 :

« … ce chemin prend naissance au bas de Senans, entre les maisons Vincent et de feu Claude BIDEAU, traversant les cantons savoir ; de la levée, courbière, compagnon, les taupes, de la vieille, poifond, chancelier, les deux cantons de la vieille barque, arrivant aux maisons Faudot  et des sieurs Chevalier, se reliant au chemin vicinal d’Arc au Moulin Toussaint, et ce chemin doit avoir 1903 m de longueur. En 1773 il existait un bac à la vieille barque, il n’y avait pas d’autre passage pour aller à Salins et toute la commune pratiquait ce chemin pour aller à la Loue lieu dit à la vieille Barque, pour se rendre à cette ville de Salins. »

Ce chemin a existé jusqu’à la création de le Saline d’Arc, comme en témoigne le relevé que Claude Nicolas Ledoux a fait des environs de la Saline, à l’époque du projet de réalisation.
Les différents cantons évoqués dans la pétition, reportés sur la carte, coïncident bien avec le tracé reporté par Ledoux. Ce chemin, qui correspond aujourd’hui, du moins dans ses premiers hectomètres, à l’actuelle rue de la Levée, qui, dans un passé encore récent (avant le remembrement) rejoignait ce que l’on appelait alors la route du Pont, avait été supprimé par la création de la graduation et la route conduisant au pont de la saline, recréé ensuite jusqu’à la route du Pont lorsque la graduation a été abandonnée et démolie en 1865-66, sans reprendre totalement son ancien tracé en raison de l’établissement de la voie de chemin de fer de Dole à Salins et la route qui mène au pont sur la Loue. Le bac traversant la Loue à la Vieille Barque n’existait d’ailleurs plus depuis 1783.

À cette époque, la route de Senans à Liesle n'existait pas encore telle qu'aujourd'hui. Le chemin d'alors passait devant le château de Roche et, à ce niveau, se continuait en direction de l'église, empruntait la digue de l'ancien étang du château jusqu'à la tuilerie du château et se poursuivait jusqu'à l'église par l'actuelle rue des Tuileries, comme le montre le relevé de Ledoux.

Le bac de Roche a été, dans un premier temps, remplacé par un pont en bois construit au droit de la saline d'Arc en 1783. Le pont emporté par une crue en 1789, un bac reprit alors du service, mais à l'endroit même du pont jusqu'à la construction d'un pont "en fil de fer" autorisé par une ordonnance de Louis-Philippe le 10 juillet 1835[4]. À ce pont, désormais à péage, fut adjoint une petite maison pour le préposé au péage, construction que l'on peut voir encore aujourd'hui à l'entrée du pont, à gauche.


[1]Le droit de portail est le droit de posséder un passage sur la rivière.
[2]Bateau. Du latin navis, bateau. Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancien français. Paris, 1990.

[3]AD25 – 87J4. Proclamation de la terre de Roche. Procès M. de Varambon  et les frères Brun, 20 octobre 1666.

[4]Bulletin des lois du Royaume de France, IXème série, 1ère section, Tome 11, nos 396 à 401, Imprimerie royale, janvier 1836.


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