
On trouve mention du bois de Château-Rouillaud dans un document du 25 novembre 1360, par lequel Jean II de Chalon, comte d’Auxerre, de Tonnerre et seigneur de Rochefort fait don de la maison forte de Château-Rouillaud « avecques toute justice haute et basse moienne rente revennues proffiz et esmolumens fiez et toutes autres appartenances appendices quelconques … » à Guyot de Rochefort, son écuyer et à sa descendance, pour bons et loyaux services rendus lors de la bataille de Poitiers et lors de sa détention en Angleterre lors de la guerre de Cent Ans.
Puis, vers 1400, c’est la famille Mouchet qui s’installe à Château-Rouillaud. De transmission en héritages, le domaine continue à exister parallèlement à celui de Roche. On distingue même le Deffois de Roche de celui de Château-Rouillaud.
En 1740, Jeanne Octavie de Vaudrey, dame de Château-Rouillaud, épouse du marquis de Rosen, vend Château-Rouillaud à Ferdinand Agatange de Brun, marquis de Roche, dont la famille est propriétaire du domaine de Roche depuis 1667, pour la somme de quatre-vingt-deux mille livres, qui réunit alors les deux domaines en un seul.
L'ensemble échoit par acquisition en 1756 à la famille de Grammont. En 1779 le domaine est vendu par le baron Iselin de Lasnans, mari de Marie Gabrielle Antoinette de Grammont au roi Louis XVI, qui, à son tour le revendra en 1783 au marquis Jouffroy de Précipiano. C'est en 1784 que Étienne Cyprien Renouard de Bussières acquiert le domaine.
Lors de la séance du 16 août 1797, le Directoire statue sur la proposition de la citoyenne Marie Suzanne Doucet de Surigny, veuve de Cyprien Renouard de Bussière, alors propriétaire du domaine de Roche et de Château-Rouillaud, d’acquérir « le bois de Château Rouillaud, d’une surface de deux cents arpents, jouxtant la forêt de Chaux, pour la somme de trente mille francs, payables en sel levé dans les salines de Salins et d’Arc qu’elle s’oblige de revendre en Suisse ». Son mari, Étienne Cyprien Renouard de Bussière était « Conseiller du Roy en la chancellerie du Parlement de Besançon et Receveur général des sels de France » en Suisse. [1]
Après une estimation positive des avantages offerts par cette acquisition, le Directoire soumet la proposition à l’approbation du Conseil des Cinq-Cents, l’assemblée créée par la constitution de l’an III. « Cette proposition a été examinée avec attention : ce bois […..] est situé sur un sol assez généralement bon ; il est à proximité de la saline d’Arc, dont il peut faciliter l’affouage. » [2]
Le 15 août 1798 une loi autorise le Directoire exécutif à acquérir le bois de Château-Rouillaud.
Toutefois, cette vente à l’État n’a pas eu lieu, peut-être en raison du fait que la régie, bien qu’acceptant le paiement en sel en nature, ne proposait que 25000 francs [3]. Le 31 août 1798, Marie Suzanne Doucet et ses trois fils vendent le domaine de Roche à Claude Jean Jacques Bovet, résidant à Boudry, canton de Neuchâtel, alors principauté prussienne, à l’exception du bois de Château-Rouillaud, dont elle entend conserver la jouissance.
Le bien, resté dans la famille Renouard de Bussière, est racheté par Léonard Caron, maître de forges à Fraisans, le 29 août 1805, pour la somme de 16000 francs, à Claude François Rochet, maître de forges à Baignes (70), qui n’est autre que le père de Claude Françoise Rochet, épouse de François Cyprien Renouard de Bussière.
Le bois de Château-Rouillaud regagna le giron du domaine de Roche lors du rachat de celui-ci par Amédée Caron aux descendants Bovet en 1865.
[1] Il s’agit des « sels d’alliance » que la France vendait à certains cantons suisses à des prix avantageux afin de s’assurer leur neutralité. La saline de Salins et celle d’Arc étaient chargées de fournir ces sels,
[2] Archives nationales, Pierre-Dominique Cheynet, Index des procès-verbaux du Directoire exécutif an V - an VIII, tome VI, 2001.
[3]
Arrêté du Directoire exécutif en date du 17 décembre 1797