LA MAISON BROUTET


Maison Broutet

La maison Broutet

Avant de s’éteindre complètement entre 1856 et 1862, le patronyme BROUTET a été porté par plusieurs générations de figures influentes dans la vie de la communauté de Senans jusqu’en 1795, date à laquelle Ignace termine son mandat de maire de la commune. Ils sont « maitre jardinier » de père en fils. Gilles est déjà cité comme maitre jardinier dans les registres paroissiaux. Deux personnages, notamment, instruits,  liés au domaine de Roche et à la vie politique locale, Hugues Étienne et Ignace, le père et le fils, ont joué un rôle important dans la vie du village de l’époque.

Déjà avec le père d’Hugues Étienne, Gabriel, on devine l’appartenance à une couche aisée de la population. En 1739, il est échevin du village, son mariage fut célébré par un professeur de théologie de Besançon, sur la demande du vicaire général du diocèse et Hugues Étienne est qualifié d’ « honete » Hugues Étienne Broutet dans les registres paroissiaux, terme qui qualifie une personne influente.

Le mariage a été célébré par le frère Jean Claude VUILLEMOT, professeur en théologie du couvent des prêcheurs de Besançon [1] .

 « L’an de grace mil sept cens trente et un le cinquième fevrier environ l’heure de midy moy frere jean claude vuillemot professeur en theologie de l’ordre des freres precheurs du couvent de Besançon par commission que j’ay reçu de Monsieur Hugon vicaire general du diocese de Besançon j’ay benis le mariage de Gabriel Broutet de la paroisse de Senans et de Rose Donzelot de celle de mamirole en gardant tout le rite prescrit en pareil cas dans notre eglise en presence de sa mere, des freres, de la sœur de ladite Donzelot et autres parens consentans, de claude viennet de senans et de jean Baptiste joliboy de voiteur icy soussignes avec les parties et moy les an, jour et mois que dessus.
Signé JG Broutet Rose Donzelot J.B. Joliboy claude vienet. 
Document recopié au registre par le curé de la paroisse Jean Baptiste Courbet, prêtre.
Jean Gabriel Broutet, fils de Gilles Broutet et füe Françoise martin de Senans »

Acte de mariage de Jean Gabriel BROUTET – 5 février 1731. Source Registre de la paroisse (AD25 Cote 5Mi835 – 1623-1792).

« Hugo stephanus filius gabrielis Broutet et Rose Donzelot de Senans conjugum natis die octava martii anno dei millesimo septingentesimo trigesimo secundo postridie baptisatus est levantes ejus fueront des hugo stephanus Regnard et anna Broutet

Signé JB Courbet pber » (Presbyter – prêtre)

 Hugues Étienne fils de Gabriel et Rose Donzelot de Senans marié né le huitième jour de mars l’an de grâce mille sept cent trente-deux baptisé le jour suivant ses parrain et marraine furent Hugues Étienne Regnard et Anna Broutet.

Source : (AD25 Cote 5 Mi 180/1 – 1636-1793)

Hugues Étienne, né le 8 mars 1732, jardinier, pépiniériste, fut « greffier de la terre de Roche [2]  », échevin [3] , député à l’assemblée de Quingey lors de la rédaction de synthèse  des Cahiers de doléances [4] , dont celui de la communauté d’Arc et Senans, rédigé par son fils Ignace. Il est aussi géomètre arpenteur, il a réalisé en 1801 un plan « géométrique » du fourneau de Roche (lavis signé de sa main) [5] .

Il a épousé le 27 janvier 1756 Jeanne Claude VERDOT, la fille d’honorable [6] Ignace VERDOT, meunier entrepreneur à Roche.

« Huges Étienne Broutet, fils de furent Gabriel Broutet et Roze Donzelot de Senans jardinier agé de 24 ans (né en 1732) a épousé Jeanne Claude fille d'honorable Ignace Verdot demeurant au moulin de Roche, entrepreneur et de Jeanne Mougenot agée de 23 ans[7]»

En 1802, suite à plusieurs jugements, dont le plus ancien, rendu par le tribunal des Salines de Salins, date du 7 janvier 1764, il fut exproprié par un « jugement en expropriation forcée » en date du 18 décembre [8]. Ses biens, rachetés aux enchères par Jean François Demillière pour la somme de 2400 francs [9] , furent revendus en partie (la maison d’habitation ainsi qu’une partie des terrains attenants) deux mois après (6 février 1803 – vente pour « remis en place ») à son fils Ignace pour la somme de 1200 francs [10] . Jean François Demillière a conservé la partie qui correspond aujoud’hui à l’école St Bénigne. Le terrain entre les deux bâtiments, partagé lors de la vente, était alors occupé par une pépinière appartenant à Hugues-Étienne Broutet.

Prporiété HE Broutet

La propriété Hugues Étienne Broutet

Hugues Étienne est décédé à Arc et Senans le 29 mars 1812, décès déclaré par ses deux fils Ignace et Jean Claude. (Registre de l’état civil de la commune).

Son fils Ignace né  en 1757, fut lui aussi « greffier ordinaire de la terre de Roche et de Château-Rouillaud », échevin de la communauté, puis maire de la commune du 2 décembre 1792 jusqu’au 18 Brumaire an IV de la République [11] (2 novembre 1795).

C’est lui qui a rédigé le Cahier de doléances de la communauté d’Arc et Senans en mars 1789. Il fut ensuite cultivateur, puis rentier (registre de l’état civil – 1839).

Au recensement de 1836, il résidait encore à Senans avec ses trois sœurs, Françoise, Jeanne et Marie, née en 1765, veuve de Louis Lazare Rigaud, décédé en 1826.

Voici ce qu’en dit Jean-Baptiste Rondot dans son ouvrage «  Statistique historique complète du village d’Arc et Senans »

« À l’angle oriental formé par le bois communal d’amont, existait jadis la maison légendaire d’Ignace Broutet, qui fut maire de la commune depuis le 2 décembre 1792 jusqu’au 17 brumaire en IV de la République (8 novembre 1795). Au commencement de la Révolution française, alors que cette maison sordide et isolée était habitée par son premier propriétaire, Mr Broutet, elle fut signalée, à tort ou à raison, comme renfermant le matériel nécessaire à la fabrication de la fausse monnaie. Ignace Broutet était de nature intrigante, dans la majeure partie de la population, cet homme ne devait son bien-être qu’à la coupable fabrication de la fausse monnaie et celle des assignats. Les graves soupçons qui pesaient sur cet homme intelligent, audacieux, rusé, ne furent jamais confirmés et aucun instrument pouvant servir à fabriquer ou falsifier cette fausse monnaie ne fut trouvé en sa possession, tout se réduisait à des conjectures, dont les gens sérieux n’eurent garde de se faire écho. De cette maison, démolie en 1850-51, dont on ne saurait indiquer l’emplacement, il ne reste plus aujourd’hui qu’un vague souvenir. »

Clos Broutet

Ignace BROUTET, resté célibataire, est décédé le 16 septembre 1839 à Arc et Senans, à l’âge de 82 ans. (Registre de l’état civil de la commune – 1839).
Marie Broutet décède le 17 août 1844, Françoise le 9 janvier 1846, sans enfant et Jean Claude le 9 décembre 1862, tous à Arc et Senans.
Jeanne Thérèse Rigaud, fille de Marie Broutet et Louis Lazare Rigaud [12] , épouse Jean Pierre Marc Lamy [13] le 31 janvier 1828. Celui-ci restaure la maison en 1838 (source Jean Baptiste Rondot, Statistique historique du village d’Arc et Senans).
Au recensement de 1841, Jean Pierre Marc Lamy, menuisier, réside avec sa femme, Jeanne Thérèse Rigaud et Anne Verdot, journalière, fille d'Étienne Verdot, décédée le 14 mai 1848, célibataire, pensionnaire. Les trois sœurs Broutet vivent encore sous le même toit. Ce sont toutefois deux ménages séparés.
Le 30 mai 1843 Jeanne Claude et Jeanne Françoise Broutet vendent par donation à Jean Pierre Marc Lamy et Thérèse Rigaud, sa femme, la propriété Broutet Ignace pour une valeur de 5000 francs [14] .

Aux recensements de 1846, 1851 et 1856 Jean Pierre Marc Lamy,  Thérèse Rigaud, fille de Marie Broutet et Jeanne Broutet, leur tante, 87 ans en 1856, célibataire, rentière, forment un seul ménage avec leurs domestiques dans la maison des Lamy.
Au recensement de 1872, Jean Pierre Marc Lamy, 68 ans,  habite avec sa femme Jeanne Thérèse, 71 ans et une domestique, Rosalie Percier, 19 ans. Jeanne Broutet est décédée avant 1872, mais pas à Arc et Senans.
La propriété est acquise par la famille Rougeron – Demillière le 8 septembre 1874 pour la somme de 10000 francs [15] .
Jean Pierre Marc Lamy décède le 31 août 1875, à Arc et Senans.

Au recensement de 1876,  seule Jeanne Antoine Antoinette Rougeron [16] , veuve Blaise, 54 ans, rentière,  habite la maison, Grande Rue, Jeanne Thérèse Rigaud n’est pas recensée au village, elle décède à Arc et Senans le 14 septembre 1880.
Au recensement de 1881, Jeanne Antoine Antoinette Rougeron habite sous le même toit au 12 de la rue de la République [17] , avec Démillière Jeanne Françoise Anastasie, cultivatrice, chef de famille, veuve de Jean Joseph Rougeron, son neveu, décédé le 28 mars 1880, Paul Étienne, 33 ans, cultivateur et Pierre Aimé, 27 ans, cultivateur, ses enfants [18] . À noter que depuis le changement de municipalité, radicale républicaine depuis 1879, cette partie de la Grande Rue s’appelle désormais rue de la République.
Pierre Aimé épouse le 17 janvier 1883 Célestine Louise Sauriat. Ils auront deux filles, Maria Julie Valérie, née le 1er novembre 1883, et Rose Justine Eugénie, dite Angèle, née le 9 mai 1886 qui resteront célibataires.

Au recensement de juin 1886, 12 rue de la République, habitent Pierre Aimé Rougeron, Célestine Sauriat, sa femme, Maria et Rose, leurs filles [19]. Jeanne Antoine Antoinette Rougeron est décédée le 8 mai 1886.
Ce sont les dernières représentantes de la famille Rougeron dans cette maison et dans le village.

(Sources : archives communales, registres de l’état civil ; AD25, Dénombrement de la population).

Arbre généalogique Broutet Arbre généalogique Rougeron

[1] Frères Dominicains ou Jacobins. L’ordre des Frères Prêcheurs ou Dominicains fut fondé en 1215. Le terme Jacobin vient de l’implantation du couvent parisien dans la rue Saint-Jacques. Le couvent de Besançon se situait à Rivotte, dont il ne reste que l’ancienne église des Jacobins. Acte rédigé en français, alors que les autres actes du registre le sont en latin.

[2] Acte de décès de Jean Jacques CHAVOZ,  le 20 août 1763. (Registre de l’état civil de la commune).

[3]   Létondal, Joseph, Arc et Senans à travers les âges, Imprimerie de l’Est, Besançon, 1927.

[4] François VION-DELPHIN François LASSUS, Le Bailliage de Quingey en 1789, Les cahiers de doléances, Annales universitaires de Franche-Comté, 1989.

[5] AD25, cote 428S1, Usines métallurgiques.

[6] Terme parfois utilisé pour désigner un bourgeois ou un notable, qui sous-entendait que la personne en question était de bonne naissance.  Ce terme n’était utilisé que par les marchands et artisans, par opposition aux titres de noblesse.

[7] Registre de l’état civil d’Arc et Senans.

[8] Minutes du greffe du tribunal civil de première instance de Besançon, 18 décembre 1802, Archives familiales.

[9] Idem.

[10] AD25, Augustin LANOIX, notaire à Besançon. Acte du 6 ventôse, an XI, cote 3E34/66. Il s’agit de la propriété située en face du monument commémoratif de la Grande Guerre.

[11] Létondal, Joseph, Arc et Senans à travers les âges, Imprimerie de l’Est, Besançon, 1927.

[12] Fils de Jean Claude Rigaud, soldat invalide demeurant à Arbois et de Jeanne Françoise Odet, bourgeois de la ville d’Arbois. (Source : Acte de mariage de Louis Rigaud et Marie Broutet, registres de l’état civil d’Arc et Senans.)

[13] Le registre des hypothèques de Besançon lui attribue les qualités de menuisier, propriétaire, agent d’assurances.

[14] AD25, Répertoire des formalités hypothécaires, cote 4Q2/290, vol. 144, Registre des formalités hypothécaires, vol. 186, article 28, cote QHYP2/T/186.

[15] AD25 Cote 4Q2 - Conservation des Hypothèques de Besançon, répertoire des formalités hypothécaires, Cote 4Q2/113, Registre des transcriptions  vol. 594, article 69. Cote QHYP2/T/595.

[16] Jeanne Antoine (Antoinette - 7 février 1822 à Arc et Senans - 8 mai 1886 à Arc et Senans), sœur de Jean Joseph, veuve de François Blaise, décédé avant 1876. Les Rougeron sont originaires de la Creuse, arrivés dans la région entre 1764 et 1774, ils faisaient partie du mouvement migratoire des maçons du Limousin,.

[17] La partie supérieure de la Grande Rue a été rebaptisée rue de la République. Depuis les élections municipales de 1879, un vent d’anticléricalisme et de républicanisme exacerbé a soufflé sur la commune jusqu’en 1883.

[18] Au recensement de 1876, cette famille habitait Grande Rue, à Arc.

[19] Maria Julie Valérie est née  le 1er novembre 1883 à Arc et Senans et décédée le 21 novembre 1971 à Arc et Senans, sa sœur, Rose, Justine, Eugénie est née le 9 mai 1886 à Arc et Senans et décédée le 7 novembre 1974 à Arc et Senans. Toutes deux étaient restées célibataires.


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