Étienne Auguste Joseph DESTOT
Dijon, 1er mars 1864 - Châtillon-sur-Seine, 3 décembre 1918


E_DestotBien qu’il n’ait jamais ou très peu vécu au village, son nom figure sur le monument commémoratif de la Grande Guerre : lieutenant Étienne Destot, mort pour la France. S’il est bien connu dans les milieux médicaux en raison de son action de pionnier dans la radiologie médicale, entre autres, il l’est beaucoup moins des habitants d’Arc et Senans.Il y a épousé, le 3 juillet 1900, Marie Léonie Antoinette Aigrot[1], fille de Paul Achille François Victor Aigrot, ingénieur de l’école Centrale des Arts et Manufactures (maitre de forge, scierie mécanique de la Saline, Moulin Neuf, acquéreur de la propriété « Destot » au bord de la Loue) et de Françoise Anaïs Eulalie Giraud, elle-même fille de Michel Giraud, originaire de St Fargeol (Allier), fondateur de la dynastie Giraud à Arc et Senans et d’Annette Eugénie Lazarine Grignet de St-Loup, de Liesle.

Il est né à Dijon le 1er mars 1864 dans une vieille famille bourguignonne et après une formation secondaire il entame des études à la Faculté de Médecine de Lyon. Atteint de tuberculose, il poursuit ses études à Alger, ville réputée pour le traitement de cette maladie, où il est nommé interne en 1886.

En 1888, de retour à Lyon, il est reçu au concours de l’Internat, obtient en 1889 le prix Gaussail[2] de Toulouse et, en 1890, il est reçu au concours d’aide d’anatomie de la Faculté de Médecine de Lyon.

Se destinant au départ à la chirurgie, la thèse qu’il soutient en 1892 « Études Statistiques sur la mortalité dans les services de chirurgie des Hôpitaux de Lyon » lui attire beaucoup d’ennuis ; il y souligne notamment le manque de rigueur aseptique dans les salles d’opérations, y compris chez les puissants professeurs de l’époque.
En 1893 il reçoit la médaille de bronze du Ministère de l’Intérieur pour son dévouement dans la lutte contre une épidémie de diphtérie à Neuville-les-Dames, dans l’Ain.

Peu après la découverte des rayons X par W.C. Röntgen, Étienne Destot fait fonctionner un tube de Crookes que lui avait offert Auguste Lumière et réalise plusieurs clichés radiographiques dès 1896 pour des confrères. Il créée un des tout premiers laboratoires de radiologie dans une ancienne boutique désaffectée, son « antre ». Il va y réaliser des milliers de clichés à la demande de ses confrères. « Monsieur le docteur Destot se charge de faire des photographies avec des rayons Röntgen sur la demande des chefs de service. Coût 10 francs chaque photographie ».

Le service des rayons X  du docteur Destot est officiellement installé par décret (26 décembre 1899) du conseil d’administration des Hospices Civiles de Lyon et rapidement, dès 1903, le docteur Destot se retrouve à la tête de trois services de radiologie de trois hôpitaux lyonnais.

Dans le même temps il réalise plusieurs appareils médicaux et écrit  d’importantes publications dans le domaine médico-légal, concernant les réparations dues aux blessés et en pathologie osseuse traumatique et infectieuse.

En plus de son travail de radio-diagnostic dans les différents hôpitaux, il poursuit d’autres recherches avec plusieurs autres chirurgiens. Il est parmi les premiers à réaliser des clichés sur les différentes circulations de fluides dans différents organes par opacification des vaisseaux. Il invente ou améliore par ailleurs nombre d’appareils en chirurgie et radiologie.Statue

Son activité est débordante, c’est aussi un artiste : il a conçu et construit une carrosserie aérodynamique en forme d’œuf pour sa voiture, il peint,

sculpte, dessine, caricaturise son entourage. Mais il va être contraint de cesser son activité à l’Hôtel-Dieu en 1913, il doit subir l’amputation de plusieurs doigts en raison d’une radiodermite des mains, contractée lors de ses nombreuses manipulation radiologiques, il a 49 ans.

Il devient alors expert près les tribunaux de la Seine. Puis la guerre est déclarée et, en l’absence de toute obligation militaire, il demande et obtient à Nancy un service hospitalier. « J'ai l’honneur de vous adresser une supplique et j’ose espérer que vous voudrez bien l’accueillir avec bienveillance. Réformé en 1886 comme élève du Service de Santé Militaire, je désirerais être réintégré sous les contrôles de l’armée, soit comme chirurgien, soit comme radiographe, soit comme simple conducteur d’automobile, j’ai cinquante ans et malgré les brûlures occasionnées par la radiographie, je puis encore rendre des services. »

Il est envoyé à Épernay puis Château-Thierry, invente ou améliore  là-aussi de nombreux matériels hospitaliers. En juin 1917 il travaille à Paris à l’Hôpital no 101, puis au Grand Palais jusqu’à la fin novembre 1918.

Épuisé par une telle activité tout au long de sa vie, il décède, vraisemblablement d’une angine de poitrine, après une promenade à Châtillon sur Seine où il était allé se reposer, le 3 décembre 1918

Dans son ouvrage, Étienne Destot ou la naissance de la radiologie à Lyon, Thèse médicale, Lyon, 1995, L. Boutineau dira de lui : « Il est mort aide-major en congé de convalescence, ayant mutilé ses mains au service des malades et achevé de ruiner sa santé au service de sa patrie en danger ».

Il a été inhumé au cimetière d’Arc et Senans. Son nom figure de même sur le monument commémoratif de Lycée Carnot à Dijon, ainsi que sur le Livre d’Or des médecins.

 


[1]Elle décède le 26 mars 1963 à Rambouillet. Marie Léonie Antoinette Destot, née Aigrot, était la fille de Paul Achille François Victor Aigrot et de Françoise Anaïs Eulalie Giraud, elle-même fille de Michel Giraud, originaire de l’Allier, premier de la famille Giraud qui résida à Arc et Senans pendant presqu’un siècle à partir de 1849

[2]Prix Adrien Gaussail, Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse. Prix d’une valeur de 600 francs, sur l’intervention de la chirurgie contemporaine dans le traitement dans les affections de la poitrine et de l’abdomen, mémoire intitulé  « Melius anceps quam nullum experiri remedium », partagé entre M. Tachard (400 francs), médecin de l’Hôtel des Invalides et MM Destot, Dor et Rivière (200 francs), internes des hôpitaux de Lyon.  Le Sud-Ouest, 12 mai 1890.


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