
Cette imposante bâtisse située au coeur du bourg a connu une existence particulière : élevée tout d'abord sur les rives de la Loue, elle fut démontée pour être reconstruite sur le site actuel.
Son histoire commence avec Jean Louis Chevalier, frère de Jean Jacques, qui décide de construire une maison en bordure de la Loue, à la Vieille Barque, probablement à l’emplacement même de l’ancienne maison du barcotier, au lieudit la Barque de Roche.
La maison de Jean Louis est construite sur un terrain que Joseph Chevalier, son père a acquis de Claude Jean Jacques Bovet, propriétaire du domaine de Roche, le 29 septembre 1808[1]. Joseph Chevalier habite alors à la Barque de Roche, où il est né, comme l’indique son acte de naissance. Cette famille semble d’ailleurs liée au bac situé à l’extrémité du « Chemin de Salins », « anciennement établi près des habitations Chevalier Faudot.»
Lors du procès entre M. de Varambon et les frères Brun, acquéreurs du domaine de Roche , Claude Boyvin, conseiller à la cour du Parlement de Dole, précise dans l'acte du 20 octobre 1666[2], le droit de bac du domaine de Roche :
« Item le droit d’avoir un portail[3]et d’entretenir riere ladite seigneurie de roche du coste de cramant un navoire[4] pour y passer et repasser tous allans passans et repassans a pied par en y payant le tribut et salaire introduict qu’est par chascune personne y passant une engrougne et ce moyennant mondit sieur est tenu d’entretenir lesdits portails et navoir et un pontain pour passer et repasser lesdits passans. »
Voici la description que donne Jean Baptiste Rondot des constructions de la Vieille Barque :

« … suivons le chemin qui conduit directement à la Vieille Barque, lieu situé sur les bords de la Loue, entre le pont de chemin de fer et le moulin Toussaint, rive droite. C’est là que la vallée apparait dans toute sa splendeur, c’est sur ce point du territoire, lieudit la Vieille Barque, que s’élevait presque l’un en face de l’autre et à très courte distance deux importants bâtiments d’un aspect entièrement moderne.
Le premier de ces bâtiments, celui situé droit au bord de la Loue, dans les eaux de laquelle il se mire a été construit en 1841 par Jean Louis Chevalier, auquel a succédé son fils, Joseph, qui en est actuellement propriétaire. Cette maison, démolie en 1884-1885, a été reconstruite au sud-ouest de celle de Baveux, aujourd’hui la ferme de la Levée.
L’autre bâtiment, situé au nord-ouest du précédent et qui, par moitié, a appartenu pendant longtemps aux familles Chevalier Faudot, est aujourd’hui la propriété des descendants directs de Jean Jacques Chevalier. Ce bâtiment, dont la construction primitive est très ancienne, a été restauré et agrandi en 1855[6].»
Lorsqu’un pont fut construit à l’extrémité de la route devant la Saline d’Arc en 1783, on supprima le bac situé vers les habitations Chevalier-Faudot. En 1789, ce pont fut détruit par une crue et le bac reprit du service pour un temps, mais cette fois, à l’emplacement même du pont, à l'extrémité de l'actuelle avenue de la Saline.
On construisit un nouveau pont suspendu « en fil de fer » en 1836 et c’est à Jean Louis Chevalier, le père de Joseph, que l’on confia au début le péage de ce pont, péage qui fut supprimé en 1872. La petite maison à gauche de l’entrée du pont a été construite avant 1828 pour abriter le responsable du bac puis du péage du pont, elle est répertoriée sur le relevé cadastral de 1828 (604 et 605). Par contre, la « maison du barcotier » de l’ancien bac de Roche a disparu, c'est probablement à cet endroit que Jean-Louis Chevalier à élévé sa maison.
Jean Louis, le père de Joseph décède en 1855. Pour des raisons encore obscures, Joseph décide de démolir sa maison du bord de l’eau pour la reconstruire au village. La rumeur villageoise parle de mésentente avec ses voisins (à l’époque Émile Chevalier et sa sœur Lucie), mais il se pourrait aussi que ce soit pour se mettre à l’abri des crues de la rivière, fréquentes et parfois violentes. Le cours de la rivière était alors plus proche de la maison qu'aujourd'hui, ainsi qu'en témoigne la « morte » visible sur la photo. L’emplacement de cette maison démolie est encore marqué par un petit monticule d’environ un mètre cinquante de haut, à la surface duquel affleurent encore quelques pierres.

Joseph acquiert un terrain appartenant à sa sœur Théodule Hermance et à son second mari, Adolphe Baudin, de Salins, le 28 avril 1878. Ce terrain est situé au centre du village, au lieudit au Jonchenet[7], section C, parcelles 399 et 400 et il y reconstruit sa maison « en pierres et couverte en tuiles. »

Joseph décède le 16 septembre 1894, à 60 ans. La propriété échoit à son épouse Zoline Sigonney et à ses deux enfants, Auguste, menuisier de son état et Louis, militaire engagé, tous deux célibataires, Zoline en conserve l’usufruit.
En 1901, Zoline et ses deux enfants, toujours célibataires, vendent la propriété à Angéline Joséphine Chevalier, célibataire elle-aussi, belle-sœur de Zoline. Angéline est alors gouvernante à Paris, boulevard St Germain. Elle achète la propriété, le bâtiment ainsi que les terrains attenants, pour une somme de 5000 Francs de l’époque[8]. Elle agrandit l’ensemble avec la parcelle 398, obtenue grâce à un échange en 1909, et loue la ferme ; aux recensements de 1906 et 1911, c’est la famille de Gustiaux Adolphe, cultivateur, qui occupe les lieux.
En 1919, Angéline habite Roanne, rue Carnot, au no 12. Son frère Marie Amédée a résidé au moins jusqu’en 1901 au no 11 de la même rue avec son épouse Catherine Henriette Kerler et leurs filles[9]. Le 8 avril 1919, elle vend la propriété de la Levée aux frères et sœur Giraud, Hippolyte Louis François, Lazarine Antoinette Augustine et Étienne Michel, pour une somme de 22000 Francs de l’époque[10].
Il a été dit que cette vente avait été faite dans des conditions douteuses, Angéline avait alors 75 ans et on lui aurait extorqué une promesse de vente. Il est aujourd’hui difficile de prouver que la somme payée alors ne correspondait pas à la véritable valeur de la propriété, l’inflation que la France a connue entre les années 1910 et 1919 est supérieure à 65% (source INSEE). Ou tout simplement, ce sont les acquéreurs qui ont un peu insisté pour avoir la préférence, très intéressés par cette propriété située en face de leur domaine.
En tout état de cause, Angéline s’est réservé dans le contrat de vente un petit appartement à l’étage dans la maison vendue pour y résider lorsqu’elle venait à Arc et Senans, ce qui aurait tendance à prouver qu’elle avait encore toutes ses facultés, de plus, elle avait désigné un mandataire, M. Joseph Polanchet négociant à Liesle, pour la représenter lors de la vente.
[1]Acte de vente et description de la parcelle 979 du terrier de 1744. AD25, Baux et acensements, actes de Me Charles Louis Masson, cote 3E2/284. [5]Au recensement de 1886, Joseph Chevalier, 51 ans, fils de Jean Louis, habite à Senans, au 23 bis Grande Rue avec sa femme, Zoline Sigonney et ses deux fils, Louis, 8 ans et Auguste, 6 ans. En 1881, ils sont recensés encore rue des Topes (Vieille Barque) avec son cousin Joseph « Émile ». [8]Acte passé les 1 septemmbre et 11 octobre 1901 à Arc et Senans par devant Me Claude Antoine Paul Paris, notaire à Quingey. AD25, cote 3E75/28. [9]AD42 – Registres de recensement de la population. En 1906, ils habitent rue du Commerce. [10]Transcription - AD25, Registre des formalités hypothécaires, cote QHYP/2/T/1283. |