LA FAMILLE DE BRUN ET LA SEIGNEURIE DE ROCHE.

FERDINAND AGATHANGE, BARON DE BRUN, MARQUIS DE ROCHE (1681 - 1746)


 

Les (de) Brun, famille originaire de Poligny, furent propriétaires du domaine de Roche de 1667 à 1747 (2 générations). Famille d’avocats qui va dès la fin du XVIème siècle se déplacer à Dole, alors capitale de la Franche-Comté et servir la couronne d’Espagne, la province étant tombée dans le giron des rois d’Espagne pendant deux générations à l’abdication de Charles-Quint en 1556. Claude, né à Poligny vers 1560, docteur ès droits, fut l’ambassadeur de Philippe II, décéda à Dole en 1621 et se fit inhumer à Poligny.

C’est l’une des plus anciennes maisons de Franche-Comté et des plus fortunées. Selon les dires de sa sœur Jeanne Marie, comtesse de Montagu, le patrimoine de Ferdinand Agathange, était estimé à « plus de douze cens mille livres. »

À la suite de la vente par adjudication du domaine par le marquis de Varambon, ce sont les trois frères Brun, Philippe Félicien[1], Claude Ferdinand et Léopold Guillaume[2], fils d’Antoine Brun, qui l’acquirent le premier avril 1667[3].

Antoine Brun, fils de Claude, baron de Brun, (Dole 1599 - La Haye 1654), issu d’une famille d’avocats[4],  procureur général à Dole, fut ministre plénipotentiaire du roi d’Espagne Philippe IV à la Diète de Munster dans le cadre de l’élaboration des traités de Westphalie qui mirent fin à la guerre de Trente Ans. Il était réputé pour ses talents de diplomate et fin négociateur.

Il termina sa carrière comme ambassadeur aux Pays-Bas. «  Fines nostros pacem posuit » Il a fait la paix avec nos frontières.

C’est Claude Ferdinand[5] qui, selon la coutume dans la famille Brun, hérita du patrimoine familial[6], augmenté de celui de la famille d’Accosta du côté de sa mère, Magdelaine d'Accosta, notamment la seigneurie de Villers-les-Bois ainsi que la Grange Jouffroy, acquis par Jean d'Accoste ou d'Accosta, le père d Magdelaine. Très estimé de Louis XIV, celui-ci érigea en sa faveur la terre et seigneurie de Roche et Souvans en marquisat par lettres patentes données à Versailles en janvier 1694, approuvées par le parlement en novembre suivant.

Il épousa en janvier 1681 Marie Ginestou de la Tourette (1660, Dole 1er avril 1725). Leur fils, Ferdinand Agathange[7], né le 28 novembre 1681, fut le dernier représentant mâle de la lignée Brun. Il eut deux sœurs, Marie Anne, qui épousa en 1711 Claude Élisabeth de la Guiche et décéda sans descendance la même année, et Jeanne Marie, qui épousa Claude Marc de Montagu de Boutavant, elle aussi sans descendance

 

AD39 - Registres paroissiaux de la ville de Dole.

Mousquetaire en 1700, il fit la campagne de Flandre en 1701[8]. Obtint une Compagnie au Régiment de cavalerie de Noailles, par commission  de 13 février 1702. Il la commanda à l’armée d’Allemagne la même année : au siège de Brisack, à celui de Landau, à la bataille de Spire en 1703, à la bataille d’Hochstett en 1704, à l’armée de la Moselle en 1705, à l’attaque des retranchements de Drusenheim, au secours du fort Louis, à la prise du Marquisat en 1706[9], à toutes les expéditions du Maréchal de Villars dans la Suabe[10] & la Franconie en 1707, à l’armée du Rhin en 1708 & 1709.
Colonel du Régiment d’infanterie de Laonnois, par commission du 14 mars 1710, il alla rejoindre Bouchain où il étoit en garnison. Il contribua à la belle défense que fit le marquis de Ravignan dans cette place en 1711. Il y fut fait prisonnier de guerre avec la garnison.
Le régiment de Laonnois ayant été réformé par, ordre du 20 septembre 1714 le Marquis de Brun fut mis Colonel réformé à la suite du Régiment de Tallart, par ordre du 15 octobre.
On lui donna le Régiment d’infanterie des Landes, par commission du 15 septembre 1730. Il le commanda jusqu’au siège de Kell en 1733.
Brigadier, par brevet du 30 février 1734, employé à l’armée du Rhin, par Lettres du premier avril, il servit à l’attaque des lignes d’Ettigen, au siège & à la prise de Philisbourg[11]. Servit encore à l’armée du Rhin, par Lettres du premier mai 1735. Obtint le grade de Maréchal de camp, par brevet du premier mars 1738 & se démit du Régiment des Landes.
Employé à l’armée de Bavière sous le Duc de Harcourt, puis sous le Comte de Saxe, par Lettres du premier mai 1742, il contribua à chasser les ennemis de la Bavière : marcha avec l’armée sur les frontières de Bohême sous les ordres du maréchal de Maillebois : passa l’hiver en Bavière. Rentra en France avec la troisième division de l’armée au mois de juillet 1743 & finit la campagne en haute Alsace sous les ordres sous les ordres du Maréchal de Coigny, par Lettres du premier août.
Lieutenant général des armées du Roi, par pouvoir du 2 mai 1744, il fut employé à l’armée du Rhin comme Maréchal de camp, par Lettres du premier avril : concourut à lé défense du Rhin, à la reprise de Weissembourg : fut déclaré Lieutenant général le 13 août, se trouva à l’affaire d’Auguenum[12] : passa le Rhin le 29 août & servit au siège & à la prise de Fribourg.
Employé à l’armée d’Italie, par Lettres du premier avril 1745, il se trouva aux sièges du château d’Aqui[13], de Sarravalle, de Tortonne & de son château, de Plaisance, de Pavie, au combat de Rivaronne, aux sièges d’Alexandrie[14], de Valence, d’Asty & de Cafal. Il mourut en février suivant.

Source : PINARD M., Chronologie Historique – Militaire, Tome cinquième (1715-1772), Paris, 1772, p. 274 et 275

Il mourut le 29 janvier 1746 à Dole et fut inhumé dans sa chapelle de l'église Collégiale Notre Dame de Dole. Sa succession donna lieu à de multiple procès intentés par sa fille unique Ferdinande Henriette Gabrielle, qu'il avait déshéritée en raison de son rocambolesque mariage avec le marquis de Mirebel de Tavannes qu'il n'avait jamais approuvé.

AD39 - Registres paroissiaux de la ville de Dole.

 


[1]Né le 9 juin 1644 à Munster, décédé à Alfeld (Allemagne).
[2] Né avant 1650, Besançon, septembre 1670). Capitaine de cuirassés au service du roi d’Espagne. Sans postérité.
[3]AD25, 87J4 – Proclamation de la terre de Roche – Déclaration de saisie à la requête de Mr de Varambon – 20 octobre 1666. Envoi des frères Brun en la possession de la terre de Roche.       
[4]Antoine de Brun (Dole, 26 juin 1599 – La Haye, 2 janvier 1654). Son père, Claude Brun (né vers 1560 à Poligny, décédé à Dole le 13 janvier 1621 et inhumé à Poligny) était docteur ès droits, avocat général au Parlement de Dole et ambassadeur de Philippe II d’Espagne. Baron le 3 décembre 1653. Il épousa en secondes noces Madeleine d’Accosta, fille unique de messire Jean d’Accosta, surintendant des sauneries de Salins. Il décède à La Haye où il était ambassadeur.
[5] Bruxelles, 26 avril 1649 – Dole,  18 janvier 1714. 
[6]Baron de Brun, marquis de Roche, seigneur d’Amange, Crissey, Souvans, Villers-les-Bois, Maizières en Suisse et autres lieux.
[7] Agathangelus , originaire de Thrace, (bon messager, en grec), martyr à Ancyre, vers l'an 308, honoré le 23 janvier.
[8]Il s’agit de la guerre de succession d’Espagne qui vit s’affronter de 1701 à 1714 l’armée française de Louis XIV et celles d'Angleterre, des Provinces-Unies (République des sept Provinces-Unies des Pays-Bas) et du Saint-Empire Romain Germanique. Les traités d’Utrecht du 11 avril 1713 et 1er août 1714  mirent fin à ce conflit.
[9]Île sur le Rhin où Vauban édifia une place forte.
[10]La Souabe.
[11]Philippsbourg (Moselle).Village sur le Rhin.
[12]Ce village palissadé  fut emporté par les troupes françaises le 23 août 1744.
[13]Commune italienne du Piémont, dans la province d’Alexandrie.
[14]Ville italienne, ancienne place forte, du Piémont, dans la plaine du Pô, au sud-est du Turin.


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