LE "PRÉ DE L'ÉTANG"

Situé à l’est de la rue de Besançon, entre celle-ci et l’ancien chemin de Senans au château de Roche, le « pré de l’étang » était autrefois un étang artificiel, aujourd’hui disparu, créé par les seigneurs du domaine pour l’élevage de poissons. Le ruisseau qui s’écoulait vers la Loue depuis les terres argileuses des Terroux en amont était contenu par une digue qui supportait l’ancienne voie de communication entre le village de Senans (début de la rue des Tuileries à l’angle de l’ancienne tuilerie du château) et le domaine de Roche. La rue de Besançon telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existait pas encore à cette époque.
On trouve une description de cet étang dans un inventaire établi le 1er avril 1667 à l’occasion de l’achat de la seigneurie de Roche par les frères de Brun [1] , une famille d’avocats originaire de Poligny, dont le plus célèbre, Antoine, baron de Brun, père des acquéreurs, fut procureur général à Dole et ministre plénipotentiaire de Philippe IV d’Espagne et participa à la diète de Münster à l’élaboration des Traités de Westphalie :
« Item un estang sciz soulz le village dudit Senans, le pilon duquel a son decours pour faire vuider l’eau d’iceluy par un prel derriere tirant a la riviere de Lhoue […] iceluy estang tirant des communaux dudit Senans de plusieurs costés et au verger du saigneur d’autre, lequel estang ledit sieur peut pescher et empoissonner quand bon luy semble. »
Un étang situé sous le village de Senans, muni d’une bonde (vieux français pilon) permettant de le vider pour en récupérer le poisson à la manière des étangs de Bresse, l’eau s’écoulant par le pré en aval de la digue vers la Loue et les vergers du seigneur.
Jusqu’à une période récente, on pouvait encore observer le tunnel de vidange construit en pierres de taille qui permettait le passage de l’eau sous la digue.
Cet étang, à l’instar des étangs de la Bresse voisine, peu profond et dont l’alimentation était probablement irrégulière, ne fournissant que des espèces d’étang, fut par la suite rendu à sa vocation agricole et remplacé par un vivier situé derrière le château, en contrebas de l’ancienne laiterie de Roche, alimenté grâce aux eaux de la Loue par un chenal encore bien visible de nos jours, qui permettait de fournir des poissons de rivière.
[1] Philippe Félicien, Claude Ferdinand et Léopold Guillaume.
AD25 – 87J4. La seigneurie de Roche était en 1667 en possession de la famille des de Rye, marquis de Varambon, originaires de la Bresse jurassienne. Ferdinand de Rye (1550 – 1636) fut archevêque de Besançon.