LA GRADUATION ET LE CANAL DE DÉRIVATION DE LA LOUE

LEDOUX, Claude Nicolas, L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, Tome premier, Paris, 1804, Planche 9
Voici la description que donne A. Laurens de la graduation dans l’Annuaire statistique et historique du département du Doubs de 1827 :
« Le bâtiment de graduation est situé près de la rivière de Loue ; il a cinq cent mètres neuf centimètres de longueur. Ce vaste hangar est assorti de ses roues, pompes, bassins, conduites, réservoirs et autres parties nécessaires, avec un canal revêtu en maçonnerie[1], portant les eaux sur les roues qui servent au jeu des pompes. À côté de cette graduation se trouve un bâtiment servant de logement au chef gradueur.
Sur le canal, un peu au-dessous desdites roues, est établie une scierie pour le service de la saline. Les eaux salées venant des sources de la saline de Salins par la conduite dont il a été parlé précédemment, arrivent d'abord soit dans un puisard au bas de la graduation, soit dans de grands réservoirs en bois[2], construits à cet effet.
Ces eaux, au fur et à mesure des besoins, sont élevées par les pompes jusqu'au haut
de la graduation, où elles passent dans des conduites garnies de robinets en bois, qui répandent les eaux et les distribuent sur des masses d'épines placées de chaque côté sur la longueur du bâtiment, de manière à ce que l'air en frappant contre la masse d'épines, enlève une partie de l'eau, de sorte que celle qui retombe dans les bassins graduants placés sous les masses d'épines, est plus saturée. Il y a plusieurs relais de pompes, de sorte que les eaux sont reportées plus loin à mesure qu'elles se resserrent et acquièrent un degré plus élevé. Quand elles ont acquis le degré nécessaire, elles sont envoyées à la saline par une conduite en bois de sapin qui les porte dans de petits réservoirs, d'où elles sont ensuite distribuées dans les différents poêles pour être cristallisées par l'évaporation. Le degré des eaux, après qu'elles ont passé sur la graduation, varie selon que la température est plus au moins favorable à cette opération ; le taux moyen est d'environ 13 degrés et demi à l'aéromètre. »

LEDOUX, Claude Nicolas, L’architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation, Tome premier, Paris, 1804, Planche 8.
Le même auteur, chef de division à la Préfecture, précise en 1847, toujours dans l’Annuaire statistique et historique du département du Doubs, que «deux roues hydrauliques font mouvoir les 36 pompes placées dans le bâtiment de graduation. »
Lors de la construction de la Saline, seule la moitié du bassin prévu à l’origine a été réalisée, ce qui engendra rapidement des problèmes de stockage, liés au fait que la graduation était tributaire des conditions météorologiques ; par grand vent, grand froid, l’activité devait cesser, ce qui avait pour conséquence une diminution de la production de sel.
En 1784 fut décidée la construction d’un second bassin de huit cent pieds de longueur, sur quinze pieds de profondeur.
Description de la Saline en 1843, année de la vente :
« Les eaux salées, avant d'arriver à la saline, passent sur un bâtiment de graduation construit près de son enceinte. Elles sont élevées sur ce bâtiment par des roues hydrauliques. Le bâtiment de graduation est d'une longueur de 491 mètres 16 centimètres sur une largeur de 9 mètres 9 centimètres ; il est précédé d'un bassin dans lequel on met en réserve, quand le temps n'est pas favorable à la graduation, les eaux qu'on reçoit de Salins. Ce bassin, couvert en tuiles, peut contenir 84 mille hectolitres d'eau ; il a 257 mètres de longueur sur 9 mètres 75 centimètres de largeur et 3 mètres 50 centimètres de hauteur. Les roues hydrauliques sont mises en mouvement par des eaux empruntées à la rivière de la Loue et rendues ensuite à cette rivière au moyen d'un canal creusé à cet effet, et appartenant à la Saline, ainsi que ses francs-bords. La largeur de ce canal est de 5 mètres 85 centimètres, et sa longueur de 672 mètres en amont et 478 mètres en aval des roues hydrauliques.»
Plan et coupe du bâtiment de graduation - Pierre-Adrien Pâris.
Plan du canal et coupe de la dérivation de la Loue à Roche
Dès son arrivée à Salins, au mois de novembre 1843, Grimaldi s’était lancé dans la recherche de nouveaux gisements de sel gemme en utilisant la technique des forages, technique développée depuis le début du XIXème siècle. Voilà ce qu'il disait du procédé de graduation, qu'il jugeait peu efficace, voire non rentable.
« En prenant possession des salines du Jura, j’avais immédiatement renoncé à ces procédés arriérés (la graduation), dont le monopole de l’État avait seul pu supporter les charges, mais qui ne pouvaient plus tenir face à la concurrence qu’allait susciter la liberté de fabrication et de vente. Il n’était plus possible de faire du sel avec d’autres eaux que des eaux à peu près saturées, et pour les obtenir, il fallait recourir, comme en Allemagne, à l’exploitation de sel par trous de sonde. La fameuse source à 19 degrés (la source la plus concentrée de Salins) devait elle-même être abandonnée. Du moment où ce n’était plus à des sources naturelles, mais à des puits artificiels qu’on allait demander les moyens d’alimenter la production du sel, on était maître de choisir les emplacements d’usine. A la saline de Montmorot, près de Lons-le-Saunier, appartenait évidemment le premier poste en vue de l’avenir, en vue des chemins de fer qui allaient la rapprocher du grand marché de Lyon. Arc, plutôt que Salins, devait occuper le second. Là devaient s’ouvrir les trous de sonde à substituer aux sources naturelles, parce qu’on avait plus aucune raison de tenir à la proximité de la Suisse, parce qu’on avait à Arc la plus belle usine de France, pouvait, à peu de frais, se prêter à tous les développements possibles ; ayant sur celle de Salins le double avantage d’échapper aux charges de l’octroi et de se trouver, par avance, située sur le parcours probable, à peu près certain, de la ligne ferrée qui ne pouvait manquer de suivre la direction séculaire du trafic entre la Méditerranée et le Rhin[3]. »
En fait, le sondage réalisé au Sud-Est du bâtiment de la graduation ne donnèrent aucun résultat, aucun banc de sel gemme ne fut rencontré et les eaux de Salins, dorénavant issues de forages et plus saturées en sel, continuèrent à alimenter la saline d'Arc, améliorant sensiblement la rentabilité du processus de graduation. Le bâtiment de la graduation fut démoli lors de l’hiver 1855-56, seule celui de la pompe, rive droite subsista[4].
[1]En fait les rives sont construites en pierres de taille.
[2] Bois « glaisé ». Les bois sont enduits de terre glaise pour assurer l’étanchéité. Si la partie haute du village est principalement constituée de couches d'argile imperméables, nous sommes ici au tout début de la plaine alluviale de la Loue, dont le sol est particulièrement perméable.
[3]Notes sur Salins extraites des archives du jura et celles de la ville de Salins par Edouard Toubin, sans date, Médiathèque de Salins-les-Bains, cote MS 383, p. 66 et67.
[4]Rondot Jean-Baptiste, Statistique historique du village d’Arc et Senans, 1886.
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