LES SOURCES SALÉES DE SALINS

LE SAUMODUC DE SALINS À LA SALINE D'ARC
Les énormes besoins en bois pour alimenter les poêles des salines de Salins ont très rapidement épuisé les ressources forestières des environs de la ville, à tel point que, déjà en 1627, on disait des forêts assujetties aux cuites des muires, qu'elles étaient « fort ruinées et gâtées. » Claire Isabelle Eugénie, fille de Philippe II d'Espagne et d'Élisabeth de France, gouvernante des Pays-Bas et de la Franche-Comté, ordonne de rechercher de la houille. Dès 1630, des chaudières sont alimentées par ce combustible, extrait dans les environs, à Aiglepierre, par exemple. Les faibles quantités extraites ne permirent cependant pas de diminuer sensiblement les besoins en bois de chauffe. (Source : Documents manuscrits, Médiathèque de Salins-les-Bains).
Ce n'est qu'à la fin du XVIIIème , mais surtout au XIXème siècle que l'usage de la houille en provenance de Saône-et-Loire se généralise, d'abord à la saline de Montmorot, puis progressivement aux autres sites. La saline d'Arc utilisera la houille à partir de 1843, date de son rachat par Jean-Marie de Grimaldi. D'autres sites des salines de l'Est, comme les salines de Gouhenans, trouveront des gisements de houille sur place, ce qui leur donnera un indiscutable avantage en matière de coût de production.
La diminution de la concentration des sources, le manque persistant de bois, qui, avec l'instauration de réglementations mises en place par l'autorité concernant le droit d'usage des forêts, était cause de nombreux conflits avec les populations locales, privées d'une ressource indispensable. ainsi que l'impossibilité géographique d'agrandissement conséquent des bâtiments incitent, au XVIIIème siècle, la Ferme Générale à construire une nouvelle saline en bordure de la forêt de Chaux, à Arc, qui sera chargée du traitement des eaux salées de faible densité. Le projet est validé par Louis XV en 1774, juste avant son décès.
Cette « externalisation » de la production devait également répondre à la nécessité d'augmenter la capacité de production afin de pouvoir satisfaire la livraison de sel aux cantons suisses voisins, dont la saline de Salins était chargée. Depuis le XVIème siècle un traité engageait la France à fournir aux cantons suisses de Neuchâtel, Vaud et Genève des quantités de sel définies, à un prix inférieur à celui du marché - les sels d'alliance -, afin de s'assurer de leur neutralité. Dès la conquête de la Franche-Comté en 1674, Louis XIV s'engage, pour les mêmes raisons, à fournir les cantons de Fribourg, Soleure et Neuchâtel, puis ceux de Berne et Lucerne en sels franc-comtois. Source : SCACHETTI Emmeline, La Saline d’Arc et Senans : Manufacture, utopie et patrimoine (1773-2001), Université de Franche-Comté, 2013, p. 43.
Le village d'Arc remplissait deux conditions indispensables à la réalisation de ce projet ambitieux : il etait situé à la lisière du massif de la forêt de Chaux et accessible par une canalisation en suivant les pentes naturelles de la Furieuse, puis de la Loue après son confluent avec celle-ci, car il fallait transporter la saumure jusqu'au lieu de sa transformation en cristaux de sel.
Construit d’après les plans dressés par le géomètre Dez, le saumoduc chargé d’approvisionner la nouvelle saline en saumure de faible densité consistait en une double canalisation d’éléments de bois de sapin évidés, assemblés au moyen de frettes (pièce métallique entourant un assemblage en bois pour le maintenir en place et l'empêcher de fendre), d’une longueur de 21,25 kilomètres, enterrée pour des raisons pratiques, pour la mettre à l’abri du gel, mais aussi pour la protéger des contrebandiers qui perçaient les tuyaux et volaient la saumure. Chacune des canalisations transportait des eaux de teneur en sel différente. Le sel était en effet à cette époque une denrée chère, le seul moyen de conservation dont disposaient les populations pour conserver les aliments.

Il fallut lors de la réalisation de cet ouvrage franchir quelques obstacles : la traversée du chemin de grande communication de Besançon à Lons-le-Saunier à la limite des communes de Grange de Vaivre et Rennes-sur-Loue, une colline au confluent de la Furieuse et de la Loue sur la commune de Rennes-sur-Loue, une colline au sud de Port-Lesney, au lieu-dit « La Belle Fontaine » et, dans un second projet (tracé final), le cours de la Loue au lieut-dit « les Graviers », à Roche, juste avant d'atteindre les équipements de la graduation.
En effet le premier projet de tracé du saumoduc empruntait le pont de bois sur la Loue, comme il est précisé dans la rendue de 1783 :
« Il a été construit sur la rivière de Loue un pont en bois de chêne pour la communication de Salins à la saline. Ce pont est composé de sept portées, deux culées et huit travées, le tout assortis de moises boulonnées en fer, brise-glaces lisse d'appui et d'un pavé en cailloux de rivière dans le passage, lequel pavé a été défait sur la
largeur de sept pieds pour le passage de la conduite des eaux salées venant de Salins
sans avoir été rétabli jusqu'à présent.[...] La chaussée faite aux abords dudit pont
contient huit cent toises de longueur dont cent toises à l'abord du côté de Cramans
sur trente pieds de largeur de la crête d'un fossé à l'autre [...] »
Il semblerait au vu de cette rendue que le premier tracé empruntant le pont n'ait jamais été réalisé.
De ces ouvrages, seuls subsistent quelques vestiges encore visibles, à l'exception de la traversée de la Loue, visible parfois lors des périodes d'étiage..
Traversée du chemin de grande communication (RN 83)

Rennes-sur-Loue, Section ZD
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L'entrée sud et le fossé d'accès. |
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Percement de la colline de Rennes-sur-Loue

Percement de la colline de Port-Lesney

La traversée de la Loue aux « Graviers »
La traversée de la Loue au lieu-dit « aux Graviers » date de 1780. Jean-Marie Dorval, ancien directeur de la saline d’Arc, nous en a laissé un croquis datant de l’an VIII (1800). Les conduits ont été posés dans une rigole taillée dans le lit de la rivière, dans une « écluse naturelle » fermée par la barre rocheuse entre le moulin Billerey, qui n’existait pas à l’époque (créé en 1797) et Moulin Neuf, dont la création date de la même époque.
À l'origine, la traversée de la Loue était prévue sur le pont construit sur la rivière "pour les besoins de la saline", comme on le voit sur le croquis de Pierre Lacroix. Le tracé final, plus technique car empruntant le fond du lit de la rivière, permettait de gagner plusieurs kilomètres et de diminuer le denivelé.
Il a été construit sur la rivière de Loue un pont en bois de chêne pour la communication de Salins à la saline. Ce pont est composé de sept portées, deux culées et huit travées, le tout assorti de moises boulonnées en fer, brise-glaces lisse d'appui et d'un pavé en cailloux de rivière dans le passage, lequel pavé a été défait sur la largeur de sept pieds pour le passage de la conduite des eaux salées venant de Salins sans avoir été rétabli jusqu'à présent.[...] (AD39 - 8J52 - Rendue de 1783)
Afin de surveiller le bon fonctionnement du saumoduc et contrôler le débit, six « cuvettes », regards protégés, étaient répartis tout au long du parcours :
Le Pont d'Onoz (Salins),
La Petite Chaumière (Cuvette Montplaisir, sous le viaduc ferroviaire)
Saint-Benoît
La Chapelle-sur-Furieuse
Port-Lesney (Cuvette Périchon, Embranchement de la route de Lorette)
Champagne-sur-Loue.
Sans omettre la surveillance exercée par les gardes, les fameux Gabelous, chargés d'éloigner les faux-sauniers, contrebandiers qui tentaient de prélever de la saumure en perçant les canalisations.
La cuvette « Montplaisir », taillée dans la pierre, encore visible il y a quelques années, a disparu lors de travaux d'aménagement routiers. Elle est exposée au musée du sel de Salins-les-Bains.

Le petit bâtiment de la cuvette « Périchon » quant à lui est encore visible à l'embranchement des routes de Champagne-sur-Loue et Lorette.
Les techniques de l'époque ne permettaient pas d'obtenir une étanchéité parfaite de la canalisation. Des 135 000 litres de saumure qui étaient envoyés quotidiennement, on estimait qu'environ 30% était perdu le long du parcours. À partir de 1788, les conduits en bois furent progressivement remplacés par des tuyaux en fonte, et ce dès 1783. Après l'arrêt de la saline d'Arc et 1895, les canalisations en fonte seront relevées au cours de la première guerre mondiale afin de réutiliser la fonte pour les bsoins de l'armenent.
Ce n'est que plus tard, alors que des sondages réalisés à Salins dès 1843 par Jean-Marie de Grimaldi avaient permis d'atteindre les couches de sel gemme puis d'extraire, après injection, une eau d'une teneur en sel beaucoup plus importante et que des saumures d'une bien meilleure qualité furent envoyées à Arc, que le rendement de la saline progressa réellement et que l'on put s'affranchir du passage par la graduation, dispositif qui n'avait jamais donné entière satisfaction. Des sondages furent également effectués à Arc, arrêtés à une profondeur de 100 mètres, sans avoir donné de résultat. Les échantillons des divers sondages furent communiqués au Frère Ogérien, directeur des Écoles Chrétiennes de Lons-le Saunier, qui les publia dans son ouvrage :
Frère Ogérien, Histoire naturelle du Jura, tome premier, Géologie, Paris, 1867, p. 873 et suivantes.
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