Le bâtiment de la graduation a été démoli au cours de l’hiver 1855-56 ; en effet l'installation n’était plus utilisée, car souvent peu efficace et trop dépendante des conditions météorologiques et surtout depuis que des sondages[1] permettaient d’obtenir des eaux plus saturées, soit traitées sur place à la saline de Salins, soit acheminées par les conduites à la saline d’Arc. Voilà ce que disait Jean-Marie de Grimaldi à propos du système de graduation de la saline d'Arc :
« En prenant possession des salines du Jura, j’avais immédiatement renoncé à ces procédés arriérés , dont le monopole de l’État avait seul pu supporter les charges, mais qui ne pouvaient plus tenir face à la concurrence qu’allait susciter la liberté de fabrication et de vente. Il n’était plus possible de faire du sel avec d’autres eaux que des eaux à peu près saturées, et pour les obtenir, il fallait recourir, comme en Allemagne, à l’exploitation de sel par trous de sonde. »
Dès 1856, l’administration de la saline utilise la machinerie actionnée par les roues sur le canal pour faire fonctionner une scierie mécanique. Celle-c
i fut rapidement louée à bail en 1857 à la société Chamecin & Fontaine de Salins pour 9 années, jusqu’à la faillite de cette dernière en 1865.
La liquidation de la société eut lieu le 20 avril 1865 à Salins, par devant Jules Joseph Gauthier, syndic liquidateur de la faillite Chamecin & Fontaine[2]. Les documents archivés au bureau des hypothèques nous donnent un aperçu assez précis de la taille de cette scierie, même si les plans cités dans le dossier de l'adjudication n'y sont pas joints, peut-être archivés aux archives du département du Jura.
12 bâtiments sont ainsi répertoriés, de 1 à 12, lors de l'adjudication de la scierie, les deux premiers faisant partie des bâtiments de la graduation (parcelles 241 et 242, correspondant respectivement à la machinerie hydraulique et à l'habitation). L'adjudication comprenait les bâtiments ainsi que les droits aux baux, à compter du 1er mai 1865 :
- Bail de la scierie avec accessoires et dépendances, cours d'eau, loués à Mr Frédéric Fontaine pour 9 années, à compter du 1er janvier 1859[3].
- Bail d'une maison située près de la scierie,
- Bail de champs le long du canal ainsi qu'au lieu-dit « à la Levée ».
Machines, outillage et accessoires d'exploitation de la scierie
Bâtiments no 3 et no 4 |
Bâtiment no 9 |
2 scies verticales |
4 petites scies circulaires |
Bâtiment no 10 |
Bâtiment no 7 |
1 machine à vapeur avec ses accessoires |
1 forge avec outils et accessoires |
L'ensemble fut adjugé pour la somme de 40000 francs à Mr Jean-Pierre Aigrot, originaire d'Ounans, ancien maître de forges à Scey-sur-Saône et père de Paul Aigrot.

Au recensement de 1872, 16 personnes vivent sur le site de la scierie, dont la famille Aigrot (Jean-Pierre, le père, industriel, Paul, le fils, sa femme et ses trois enfants et leurs employés et leur famille. Il est fort probable que Paul fasse partie de la société[4]. En 1876, ce sont 23 personnes qui sont recensées sur le site.
L'activité de la scierie, après une période florissante, connait une décroissance d'activité rapide : en 1881, on ne trouve plus qu'un seul scieur et 3 journaliers[5]. Il ne subsiste aujourd'hui plus aucune trace de cette activité.
Des incendies ont endommagé la scierie à deux reprises, le 28 juillet 1869 et le 6 décembre 1870. (Source Jean-Baptiste Rondot, Statistiques historiques).
[1] Dès 1843 des sondages furent entrepris à Salins, qui permirent de pomper de la saumure d'une plus grande concentration et d'envoyer à la saline d'Arc des eaux salées de meilleure qualité, permettant ainsi de s'affranchir de la graduation.
[2] AD25, cote QHYP/2/T/434, transcription du 14 mai 1865.
[3]Acte passé devant Me Lambert, notaire à Liesle, le 31 décembre 1858. AD25, cote 3E57/245.
[4] Ingénieur, Paul Aigrot a été reçu en 1862 au concours d'entrée à l'école Impériale Centrale des Arts et Manufactures de Paris. L'annuaire des anciens élève de 1889 de l'École Centrale le mentionne pour la promotion 1865 «A été maitre de forges. Actuellement ingénieur civil.» Il a acquis en 1879 le Moulin-Neuf en alors ruine, l'a remis en état et développé (minoterie, scierie, battoir, huilerie). Il a également acheté une entreprise à Besançon.
[5] Jean-Pierre Aigrot est décédé à Ounans le 18 octobre 1877.
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