LE CARTOUCHE DES VITRAUX DE L'ÉGLISE SAINT-BÉNIGNE

Les quatre vitraux du choeur de l'église Saint Bénigne, offerts à la paroisse par Jean-Marie de Grimaldi représentent les saints patrons de ses enfants. Jean-Marie de Grimaldi et son épouse espagnole Maria de la Concepciòn Rodríguez, actrice qu'il a épousée en 1825 à Madrid, alors qu'il faisait revivre le théâtre espagnol, ont eu 5 enfants, 1 garçon, et 4 filles (Source : Défrétières, Bernard, Jean-Marie de Grimaldi et l'Espagne, Mémoire de D.E.S., Institut d'Études Hispaniques, Paris 1962). Pierre Alfred Augustin (St Augustin), Odilie Bruna Eugénie (St Eugène) Marie, née le 30 novembre 1831 à Madrid, Léopoldine Andréa (St André) Isabelle Marie, née à Madrid le 30 novembre 1835, Cécile Grégoria (St Grégoire) Maria de la Concepcíon et Christine Rose Augustine Marie.
Odilie a épousé Charles Pouthier, capitaine de frégate détaché au ministère de la marine, veuf de Georgette Émilie Pauline Troussel Hébert de Mirebeau, le 10 juin 1874 à Paris 6e. Celui-ci est décédé en plein Atlantique sur le vaisseau-transport La Loire qu’il commandait le 30 juillet 1884 (Source : Parcours de vies dans la Royale) (acte transcrit). À l’époque de son mariage, Odilie résidait encore au 30 de la rue Miromésnil, résidence de ses parents. Elie est décédée rue Servandoni Paris 6e, le 22 mai 1909. AD75. État civil de la ville de Paris.
Léopoldine restée célibataire, est décédée le 4 décembre 1915 au 12, rue de l’Abbé Grégoire, Paris 6e. AD75. État civil de la ville de Paris.
Le non de Cécile Grégoria apparait, avec celui de sa sœur Léopoldine comme propriétaires des concessions de Satharitz et de La Tuilerie, faisant partie de la concession De Grimaldi, à Briscous (64) dont Alfred sera président du conseil d’administration, à la suite de son père, en 1872. (Source : Médiathèque Agglo-Pau, Inventaire du BRGM, fiche AQI6403386.)
Né en Espagne, son fils, Pierre Alfred Augustin a conservé la nationalité espagnole. Il a fait ses études supérieures à l'École Supérieure des Arts et Métiers (Alfredo de Grimaldi Rodriguez, ingénieur espagnol, diplomé en 1850).

La partie supérieure du cartouche nous donne l'année de leur réalisation et le noms des acteurs de leur réalisation :
Ils ont été dessinés par César Paul Gariot (C-P-C- GARIOT DELINEABAT PICT. INV.), un artiste français né à Toulouse, élève de l'Académie des Beaux-Arts de Madrid à partir de 1832. Peintre de portraits et de paysages, il a aussi exposé à Paris, où il exerçait, des sujets religieux dès 1843. C'est sans doute là que Jean-Marie de Grimaldi a fait sa connaissance.
C'est l'architecte Victor Marie Charles Ruprich-Robert (Paris 1820, Cannes 1887), ancien élève de l'école des Beaux-Arts de Paris qui les a conçus (ET V. RUPRICH ROBERT. ARCHIT. ORNABAT.) Nommé architecte diocésain, il a surtout travaillé dans le domaine des édifices religieux. C'est probablement à Paris aussi que Jean-Marie de Grimaldi a pu le rencontrer.
Les vitraux ont été réalisés par Meyer et Cartissier, peintres verriers à Paris (VITREAM PERFICIEBAT PICTURAM APUD MEYER ET CARTISSIER)..
Sources :
Jean-François Luneau, Félix gaudin, peintre verrier et mosaïsta, Presses universitaires de France Blaise Pascal, 2006.
École des chartes, architectes diocésains.
Almanach Bottin, 1854.
Dans la partie gauche du cartouche sont visibles les armoiries qui représentent le donateur. Sans citer directement son nom, Jean-Marie de Grimaldi donnait souvent quelques éléments qui permettaient de deviner qu'il en était l'auteur.
Le blason, de gueules fuselé d’argent, est identique à celui de la maison des Grimaldi, famille très ancienne en Europe et qui compte de très nombreuses branches ou « maisons.»
Celui-ci est surmonté d'un chef : au chef de gueules chargé d’une aigle éployée d’or, surmonté d’une couronne comtale.
Jean-Marie de Grimaldi est resté très peu disert sur les origines de sa famille ; le rapport de Monier des Taillades[1], un expert auquel il avait demandé de faire des recherches sur ses origines, produit lors du jugement en rectification du tribunal civil d’Avignon, prononcé le 17 mars 1759, faisant référence à des documents anciens, ne laisserait, selon cet expert, aucun doute sur l’origine géographique :
« Considérant qu’il est établi par les documents soumis à l’approbation du tribunal qu’à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, il existait dans quelques communes ou paroisses de l’ancien Vivarais plusieurs branches d’une famille dont le nom patronymique était Grimaldi ; que ce nom se trouve ainsi orthographié dans tous les actes publics ecrits en langue latine auxquels ont concouru les membres de cette famille jusqu’à l’année quinze cent trente quatre. »
Il est peu facile d'établir avec certitude les origines de Jean-Marie de Grimaldi, né en Ardèche Jean-Marie Grimal, alors que son grand-père s'est toujours fait appeler Grimaldi. Il a fait rétablir par la tribunal d'Avignon le patronyme de Grimaldi pour toute sa famille et sa descendance en 1859. Quant à la particule, il se l'est attribuée dès son séjour en Espagne alors qu'il accompagnait les troupes de Louis XVIII, les fameux « cent mille fils de Saint-Louis ». Il signe tous ses courriers adressés au maire de Madrid « D. Juan de Grimaldi. » (Correspondance conservée aux archives de la ville de Madrid).
Il fait une brève allusion à ses origines dans un courrier rédigé en espagnol, comme tous ses courriers adressés au duc de Riánsares[2], daté du 17 février 1847, second mari (morganatique) de la reine régente Marie-Christine d’Espagne (Marie Christine de Bourbon-Siciles), avec lequel il était en affaires, à l’occasion de la nomination de celui-ci au titre de duc de Montmorot par le roi de France, Louis XVIII. Jean-Marie de Grimaldi avait fait faire des recherches historiques par un archéologue de sa connaissance, spécialiste de la Franche-Comté, sans le citer, dans le but de conseiller le duc de Riánsares dans le choix de ses nouvelles armoiries en tant que duc de Montmorot ; dans ce courrier il recopie les blasons des différentes maisons des seigneurs de Montmorot qui lui ont été transmis par cet expert. À propos du troisième croquis, voilà ce qu’il écrit :
« Juzgue v. de mi admiración al recibir el tal croquis, cuando en el tercer modelo reconoci las armas de mi propria familia, con solo la diferencia de que la rama à que pertenezco lleva además el jefe del escudo, esto es su tercio superior de gules cargado con aguila de oro. »
« Jugez de mon admiration en recevant ces croquis, quand sur le troisième modèle je reconnus les armes de ma propre famille, avec pour seule différence que la branche à laquelle j'appartiens a en plus le chef de l'écu, le tiers supérieur de gueules chargé d’une aigle d’or. »
Il se rattache à une branche des Grimaldi de Gênes, attestée depuis le XIIème siècle, celle des Grimaldi Cavalleroni :
Dans l’ouvrage du père Claude François Menestrier de la Compagnie de Jésus, Abbregé methodique des principes héraldiques ou du véritable art du Blason, Lyon, 1669, aux pages 186 et 187, on trouve des références à une branche des Grimaldi, dite Cavalleroni, qui porte ces armoiries :
La couronne qui surmonte le blason est une couronne comtale qui fait probablement référence à la distinction de comte palatin[3], obtenue par les Cavalleroni en 1525 de l’empereur Charles-Quint, mentionnée dans l’ouvrage de C. Leber, Collection des meilleurs dissertations, notices et traités particuliers relatifs à l’histoire de France, tome 13, Paris, 1888, pages 368 et 369.


JUVANTE DEO : Avec l’aide de Dieu.
C’est la devise de Lambert Grimaldi (1458-1494), seigneur de Monaco, Menton et Roquebrune, mais aussi celle de bien d’autres « maisons », entre autres, celle de la famille de Châteauneuf-Randon d’Apchier ou Châteauneuf-Randon[4], originaire du Gévaudan, qui étaient ducs de Joyeuse[5], ville du Vivarais, proche de Dompnac-Pourcharesse, hameau d’où est originaire la famille de Jean-Marie de Grimaldi. À noter qu’en 1533, une Isabelle Grimaldi a épousé Antoine 1er de Chateauneuf-Randon.
L’appartenance à la branche Grimaldi-Cavalleroni, si elle semble possible, ne peut en tout cas pas être établie de manière formelle, même si les armoiries du décor d’une assiette en porcelaine appartenant à la maison des Grimaldi-Cavalleroni de Gênes sont identiques à celles des vitraux de l’église d’Arc et Senans, hormis la couronne ducale ici ; mais cette maison connut aussi des princes, ducs, comtes, marquis, etc

Sous les armoiries, Jean-Marie de Grimaldi a fait reporter les décorations qui lui ont été décernées :
En haut, la croix de la Légion d'honneur, obtenue en 1849 et au-dessous la médaille de Commandeur de l'ordre royal de Charles III d'Espagne (mai 1849 - ci-contre).
Il sera promu en avril 1854 Grand'Croix de l'ordre d'Isabelle la Catholique, la plus haute distinction espagnole, qui lui vaudra le titre d'Excellence, lui qui se disait plus Espagnol que Français.
Reste à expliquer la présence des armoiries de la partie droite, avec un blason d'azur, à la face ondée d'argent chargée de trois aigles de sable, surmonté d'un heaume de chevalier, avec comme devise « Ave Maria ».
[1]Rapport de Monsieur Monnier des Taillades. Source : Jugement de rectification du 17 mars 1859, archives de l’état civil d’Avignon, registre des naissances, 26 mars 1859, no 253. Archives départementales du Vaucluse, cote 3 U 2/225
[2]Archivo Histórico Nacional - Archivo de María Cristina de Borbón-Dos Sicilias y Borbón. Reina Gobernadora, Correspondancia de Juan Grimaldi, 1847, vues 32 et 33/37.
Jean-Marie a entretenu une correspondance en espagnol très suivie et très volumineuse - plusieurs centaines de lettres - avec le duc de Riansarès, qui investissait dans ses affaires, correspondance archivée aux Archives Historiques Nationales de Madrid.
[3]Distinction accordée par l’empereur, qui n’a rien de commun avec les comtes palatins de l’empire. Source : Encyclopédie méthodique par une société de gens de lettres, de savans et d’artistes, tome troisième, Paris, 1783.
[4]M. de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, Paris, 1814, p.27.
[5]La légende veut que Charlemagne y ait livré bataille et que son épée, Joyeuse, ait laissé son nom à la localité.
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